Mon apprentissage

Enfant, je prenais beaucoup part aux jeux guerriers en compagnie des petits garçons du
village. Et même si je ne gagnais pas toujours, j'avais une prédisposition certaine
et une aisance au combat. Mes parents, tant qu'ils étaient en vie, ne disaient trop
rien, bien qu'ils pensaient certainement que leur 3eme fille aurait mieux fait de suivre
le modèle des deux aînées.
Je pris conscience de la nécessité de savoir se battre, en assistant très jeune
et donc impuissante, au pillage de Brandenburg, à des attaques de bandits et plus
tard au siège de Kemperbad. C'est là que pour la première fois je vis oncle Klaus combattre,
et me rendit compte que mes compétences guerrières étaient très limitées et
franchement brutales. En fait, j'ignorais tout des techniques du combat.
J'entends encore mon oncle me dire vers mes 13 ans : "Renata, la guerre n'est pas un ensemble de combattants se jetant en mêlées furieuses, d'étripant sauvagement les uns les autres comme des brutes violentes ! C'est un savoir et ensemble de techniques dont la tradition est ancestrale. La rigueur de la voie martiale est une vraie discipline ! Ma Renata, n'oublie pas, lorsqu'il s'agit de se défendre contre un adversaire et de le vaincre, lorsqu'il faut sauver sa propre vie, le hasard n'a pas sa place."
C'est à partir de cet âge, grâce à oncle Klaus, qui était Sergent dans la garde de
Kemperbad, que je passais tout mon temps libre au Temple d'Ulric. J'y fus acceptée, et pus
commencer mon apprentissage. Je me rends compte aujourd'hui de ma chance, le grand prêtre
de Kemperbad ayant vu plus clair en moi, que je ne pouvais le faire à l'époque. Bien que
n'en comprenant pas l'utilité, mon oncle m'obligea en échange à apprendre à lire et à écrire.
C'est le soir, à la lueur de la chandelle, que je déchiffrais mes premiers manuscrits.
Dès lors, j'ai compris que derrière la violence inhérente au combat, il y a avait aussi
un art, nécessitant un investissement personnel majeur : j'avais trouvé ma voie !
Mes premières armes

Cela dura trois ans pendant lesquels je m'initiais au combat et à suivre la rigoureuse
voie d'Ulric. Quand vinrent mes 16 ans et que je fus femme, je dus affronter la difficile tâche
d'annoncer à mes parents que je quittais la maison pour m'engager dans la garde de Kemperbad.
En effet, oncle Klaus avait décidé qu'après la téhorie du temple, il me fallait connaître
la vie de soldat !

Là-bas, loin de l'enseignement serein du temple, j'y ai appris l'esprit de corps et le rôle du combattant au quotidien. C'est chaque jour que nous nous exercions à différents types de combat, de manoeuvres et à faire respecter l'ordre au sein de la cité. Si notre rôle se bornait le plus souvent à mettre au cachot quelques ivrognes ou tire-laine, c'est lors d'une patrouille aux abords de la cité que j'affrontais la mort pour la première fois. De cette rencontre avec cette bande d'Hommes-Bêtes, je sortis victorieuse, fière de moi et certaine qu'Ulric allait me guider ma vie durant.
Durant cette période je dus utiliser l'épée simple, accompagnée de son inséparable
bouclier. Pour obtenir une plus grande précision, il ne faut pas tenir son épée comme un
simple marteau, mais passer l'index au delà de la garde et le replier.
Même si aujourd'hui l'estoc se développe avec la rapière, c'est encore l'épée de tranche et le bouclier qui prédominent dans l'Empire. Mais le souvenir de mes premières passes au temple me fait préférer l'épée longue, car elle sert tant à parer qu'à attaquer. Aujourd'hui, l'expérience acquise avec mes compagnons m'autorise à vous transmettre mon savoir sur l'utilisation de l'épée longue, la bâtarde.
Techniques essentielles

Pourquoi l'épée à 2 mains est elle la meilleure arme ?
Des mauvaises langues disent qu'elle a un style brutale et lent !
Mais sa technique repose tant sur sa puissance que sur son efficacité pratique :
sa portée est plus longue et sa puissance à la tranche bien supérieure à l'épée simple !
L'utilisation des deux mains permet d'apporter outre la puissance des coups, beaucoup de
subtilité dans son utilisation.
Il existe cinq positions primaires que les Mestres de l'Empire définissent comme suit...
La posture médiane de Kron (la couronne).
La garde haute d'Oberhut (du faucon).
La garde basse Alber dite garde du fou.
La garde arrière dite du serpent.
La garde pendante dite du bœuf.
Au-delà des cinq positions primaires, nos grands Mestres
ont défini les 14 positions essentielles de l'épée à deux mains, à partir desquelles
on peut lancer une attaque ou aller parer un coup.
Il existe ainsi un nombre infini de combinaison de coups de base, d'estocades, de parades, d'attaque de lame, d'entraves et de feintes !
Cette grande subtilité d'utilisation permet à l'épée longue d'être efficace contre tout type d'adversaires. Mais l'abandon du bouclier oblige au port d'une armure conséquente afin de protéger les parties vitales.
L'une des règles essentielles est de maîtriser sa posture au combat : n'être ni statique, ni raide, garder son équilibre et connaître sa rapidité de mouvement.
Il est clair qu'en échange de ses avantages, l'épée longue demande un entrainement plus complet et une grande maîtrise si l'on veut l'employer avec une totale efficacité.
La parade
Parer c'est " Dévier plutôt que bloquer " et " Eviter plutôt que dévier ".
En parant, il faut économiser son mouvement. La garde et la main ne bougent pas, seule la lame change de position. Mais l'inverse est aussi possible, la lame ne bouge pas et c'est la garde et la main qui se déplacent. Le combattant ne doit pas être trop tendu et l'épée doit rester souple.
Il existe 2 techniques de parade :
Soit l'on pare avec le plat de l'épée pour préserver le fil de la lame et ainsi
absorber mieux le coup mais cela oblige à une torsion du poignet.
L'autre technique consiste à parer avec le tranchant de l'épée. Enfin pas tout à fait...
Avec le " ricasso ", la partie non tranchante située juste au dessus de la garde.
Cela permet de bloquer l'arme adverse avec la partie la plus solide de la lame, mais dans ce cas,
les épées entrant en contact s'entaillent parfois fortement. C'est pourquoi, il
faut bien prendre soin de son arme et connaître un bon forgeron (en général Nain)
qui pourra meuler la lame et y apporter l'entretien indispensable.
Personnellement j'utilise l'une ou l'autre en fonction de la situation.
Techniques avancées

L'épée à deux mains permet d'appliquer au mieux les grands principes hérités de nos
Mestres d'armes.
Dans l'Empire, un principe développé par le Grand Prêtre Fried-Ulric reste la base de tout combat : c'est ce qu'on nomme les Trois Merveilles ou " Drey Wunder "… Et pour les utiliser quotidiennement, je peux vous affirmer que ce sont vraiment des merveilles ! C'est la tranche à moyenne portée, l'estoc à longue distance et le " Schnitt ", un coup à courte portée destiné à entailler.
Les Grands Mestres d'Ulric distinguent également Quatre sortes de mouvements
pendant lesquels les coups peuvent être portés :
- attaquer avant
- attaquer en même temps
- attaquer au milieu de l'attaque de l'adversaire
- attaquer après.
Cette dernière tactique permet de frapper l'adversaire pendant qu'il porte sa propre
attaque en visant les parties qu'il rapproche et découvre.
Le grand Liechtenaun a défini les coups de maîtres. Cela consiste par exemple à heurter l'arme adverse avec sa propre lame pour l'écarter alors qu'il porte son coup de façon à s'ouvrir la voie vers lui. Néanmoins, Liechtenaun apprend qu'un bon guerrier recherche l'initiative et va à l'attaque. " Accepter passivement l'offensive adverse en se contentant de parer sans contre attaquer est une technique de combat inférieure qui ne peut mener qu'à la défaite ".
Un autre coup de maître est la technique de l'enroulement : il faut maintenir une pression constante sur la lame adverse de façon à entraver l'ennemi, la pression n'est relâchée qu'au moment de délivrer la touche. Se rapprocher de l'adversaire permet de le frapper avec la garde ou le pommeau ou de le bloquer avec la garde , voire de l'agripper pour le désarmer. Avec des gants, on saisit la lame d'une rapière très facilement.
Il existe aussi de nombreux coups où la main gauche est placée à la moitié de la lame (sur le Ricasso), ce qui permet de tenir fermement de la main droite l'épée très près de la garde. Cette technique est surtout utile contre les adversaires lourdement armurés.
Le manuscrit que voici est très précieux et m'a été confié par oncle Klaus. Il présente plusieurs techniques de lutte utilisée au corps à corps.

En haut à gauche : En profitant de la rotation donnée à l'adversaire avec la poussée au bras,
se positionner derrière ses épaules en serrant l'épée avec ses deux mains sous sa gorge.
En haut à droite : C'est " la Rupture de la pointe à terre " qui consiste à forcer en maintenant le contact du fer, l'épée ennemie vers le bas.
En bas à gauche : Toujours avec " la Rupture de la pointe à terre ", porter la jambe gauche derrière la jambe droite de l'adversaire et en appuyant le bras gauche tendu à la hauteur de son cou, le pousser violemment par terre.
En bas à droite : Toujours à partir de " la Rupture de la pointe à terre ", bloquer le poignet droit de l'adversaire avec la main gauche et appuyer le pied droit sur la partie droite de la lame ennemie, en y appliquant tout le poids du corps. On peut après faire suivre n'importe quel coup d'épée.
Démonstrations

Epée longue contre épée et bouclier
Une technique efficace consiste à frapper le bras d'arme au moment où il se découvre pour frapper.
Bien que difficile à maîtriser, certains coups d'estoc peuvent être très efficaces.
Pour garder à distance un adversaire avec une épée et un bouclier, il est très efficace de frapper sa jambe d'attaque
lorsqu'il cherche à s'approcher.
Il est indispensable de refuser le contact avec l'écu et garder une distance privilégiant l'épée longue.
Il est dangereux de rester à courte distance mais il est possible de se servir d'une des
deux mains pour tenter d'aggriper l'arme ou le bouclier adverse.
Frapper d'une seule main permet de fausser le sens des distances de l'adversaire.
Epée longue contre épée longue
Une attaque possible sur le bras d'arme peut se faire d'en dessous au moment du coup adverse.
Alors que l'adversaire fait un coup de bas en haut, une frappe verticale peut le toucher, tout en protégeant le corps de la lame adverse.
Pour chasser la lame adverse vers le bas tout en tentant de toucher l'adversaire, un coup en diagonal est porté sur la lame venant verticalement.
Lorsque l'adversaire change sa position et bouge son épée, il est possible de le frapper sur les mains.
Une parade sur un coup d'estoc peut-être enchaînée d'une attaque, en faisant glisser sa lame vers l'adversaire.
Epée longue à courte distance
Des entailles peuvent être faites sur l'adversaire qui est en train de lever son épée ou qui adopte une garde haute.
De cette position de blocage, un coup de garde peut être donné au visage adverse.
Il est parfois possible de chercher le blocage des deux armes.
D'une position bloquée, le pommeau est basculé pour aller heurter l'adversaire.
Mes maximes

De mes divers enseignements du Temple d'Ulric aux officiers de la garde, je garde précieusement
en moi dix préceptes.
Les cinq premiers me sont venus lors de mes méditations de novice et surtout de mes longs entretiens (et remontrances) avec Mestre Klemenz, ce clerc aux mots aussi forts que son épée.

Les cinq suivant sont le souvenir de deux années passées à la caserne et des précieux adages de mon bon oncle Klaus.

Ces Dix Préceptes m'ont permis de survivre à bien des mauvaises rencontres. Depuis que je parcours le Vieux Monde, j'ai appris qu'il était nécessaire de savoir nuancer certains principes. Et, je pense avoir compris que cela était peut-être même indispensable pour ceux qui veulent suivre la voie cléricale.
Renata remercie particulièrement le magazine Histoire Médiévale pour ces précieuses informations et Medieval Swordsmanship pour la plupart des illustrations.